Son oeuvre littéraire, texte intégral par Brigitte Schuermans

Homme de forte personnalité, Robie se montre à travers ses ouvrages comme dans sa peinture, simple, réaliste, fondamentalement honnête. Il observe un paysage, des fleurs ou des fruits avec autant de sympathie et de bonhomie qu’il peut considérer par exemple une ruelle grouillante et trépidante de Ceylan ou de Jaffa.
Pour son ami Eugène Broerman, « Robie est une personnalité franchement sympathique […]. Elle est du reste nettement définie dans son œuvre ; elle jaillit intense de ses récits de voyages comme de ses tableaux, et jamais rien de compassé ne vient altérer son talent descriptif […] Ses descriptions picturales et littéraires ont le charme de vous révéler l’état d’âme de leur auteur, en des chatoiements savoureux de coloris, leur marque distinctive ! » (41).
Une fois encore, il faut se souvenir que Robie n’a jamais été à l’école. Autodidacte, il s’est instruit  sans aide, soutenu seulement par sa personnalité puissante et riche.
« Ces braves de l’existence humaine issus de  l’obscurité et devenant les éclaireurs de leurs semblables, n’ont-ils pas toujours été les plus dignes et les plus méritants des hommes ? » (42).

L’œuvre littéraire de Robie comporte trois grands volets  : ses notes autobiographiques, ses récits de voyages et quelques réflexions concernant l’art, la lumière, le paysage.
Souvenirs et réflexions fourmillent de tableaux plaisants, d’une éloquence littéraire nourrie, ample, originale.

Notes autobiographiques

Publié en 1886  aux éditions Polleunis, Ceuterick et Lefébure à Bruxelles,  Les débuts d’un peintre  représente un témoignage sensible dans lequel  Robie retrace son enfance douloureuse, une courageuse adolescence et ses premiers pas dans la vie d’artiste.
L’ouvrage de 45 pages comporte neuf chapitres aux titres savoureux : « Scherzando, La citta dolente, L’art pour lard, Fugue en ré bémol mineur, Suite de la fugue,  Etudiant et professeur, L’échelle sociale est enduite de savon, Chi trop in alto sal, cade sovente, Heur et malheur ». 
Rédigé sur le mode impersonnel, Robie relate cette période trouble de son existence avec une franche simplicité, caractéristique de son tempérament.
Il  nous emmène dans le quartier de son enfance ; à Bruxelles, décrivant quelques coins des environs de la rue Haute, là où petit bonhomme, il jouait avec une ribambelle de galopins tous aussi turbulents que lui. Témoignage particulièrement coloré, véritable fresque sociale d’où ressort également l’ambiance régnant dans la forge paternelle.
C’est toujours avec une vive émotion qu’il évoque la figure de son père, exprimant une sincère et tendre admiration envers cet être courageux et travailleur qu’il a sans doute le plus aimé au monde.
Une même émotion se retrouve dans  la description de son voyage à Paris, narrant en lignes poignantes l’extrême misère de cette douloureuse période de son existence.
Pourtant, jamais il ne s’attendrit sur lui-même, faisant preuve d’une inébranlable force de caractère. Il étudie et se forme seul avec une parfaite détermination, conscient de son labeur, sans jalouser les plus nantis. « Ceux qui, dès leur enfance, ont fait toutes leurs classes, lentement, par degrés et quelquefois en rechignant, ne comprennent pas le charme d’une initiation si rapide, si absorbante »  (43).
La lecture de ces lignes, révèle le prix payé par cet homme, si humble, qui s’est hissé au niveau des personnalités illustres de son époque.

 

Récits de voyages

 

A l’instigation du roi Léopold II,  vers 1876,  la Belgique commence à s’ouvrir aux horizons d’outre-mer. Cette même année voit naître deux sociétés de géographie, fondées l’une à Bruxelles, l’autre à Anvers. (44).
Suite à l’assemblée de septembre 1876, présidée par le Roi, l’Association Internationale Africaine voit le jour. Plusieurs expéditions s’organisent prenant comme point de départ Zanzibar et Bagamoyo, sur la côte orientale de l’Afrique. Stanley, dans son livre Cinq années au Congo, rend hommage aux grands découvreurs de l’époque : Van de Bogaerde, Gillis, Braconnier, Allart et bien d’autres encore. Cette découverte du Congo fait éclore une littérature abondante, pas moins de 3800 ouvrages sont ainsi répertoriés dans la Bibliographie du Congo . A l’exposition Internationale de 1879 de Sydney (Australie), le roi Léopold II fait présenter pour la Belgique la dernière carte d’Afrique avec ses routes, ses explorateurs… (grande médaille d’argent). Notons que la Société Cockerill de Seraing y reçoit une médaille d’or, l’agence Générale de vente des Glaceries Belges, une médaille d’argent ainsi que Robie présentant son tableau (n° 106 du catalogue)(archives p)

Parmi les ouvrages généraux, il faut citer une œuvre capitale de  M. A. J. Wauters avec L’Etat indépendant du Congo historique, véritable encyclopédie fournissant une mine de documents et de renseignements.
D’autres parties de l’Afrique font l’objet de publications. Ainsi, Edmond Picard publie El Moghreb el Aksa suite à son voyage au Maroc et le comte Goblet d’Alviella ramène  Sahara et Laponie de son voyage dans le Sahara .
A travers l’Asie, écrit par Constant De Deken relate son voyage de missionnaire explorateur. Le comte Goblet d’Alviella, encore, se rend aux Indes avec le Prince de Galles, tandis qu’Isidore Eggermont va au Japon et Eugène de Groote à Ceylan. Charles Buls, au retour de ses longs voyages, écrira ses fameux Croquis Siamois où l’on retrouve un esprit d’observation doublé de préoccupations artistiques. Octave Maus publie un livre savoureux sur l’Orient : Esquisse à la plume, Malte, Constantinople, Crimée méridionale. Il y regroupe ses nombreuses annotations rédigées lors de ses voyages.
Dans son livre  Voyages en Orient, le  baron de Saint-Genois  a recensé les Belges ayant publié des relations de voyages relatifs à l’Orient.  Il y énumère quelque deux cents « belges », depuis le 13è siècle jusqu’au début du 19è siècle, qui ont ramené des écrits de leurs voyages. Jean-Baptiste Huysmans serait parmi les premiers voyageurs en Orient. Il est l’auteur d’un  Voyage en Italie et en Orient, 1856-1857, Notes et impressions, ainsi que d’un  Voyage illustré en Espagne et en Algérie  (1862). Ces publications n’ont toutefois pas la prétention d’être celles d’un écrivain. Il désirait qu’elles soient un jet primitif et naïf, écrites avec « la plume fantaisiste et innocente d’un peintre touriste » (45)
Il  s’attache à ne décrire qu’un aspect sociologique de ce qu’il a pu observer, contrairement à Octave Maus qui s’arrêtera à des considérations franchement politiques.

René Spitaels, publie un journal de bord  De Bruxelles à Constantinople, le baron Emile de Borchgrave, historien et diplomate, a laissé des  Croquis d’Orient, quant à Jules Leclercq (1848-1928), conseiller à la Cour d’Appel de Bruxelles, historien et géographe, décrit presque tous les pays visités, lors de son  tour du monde.

Dans la foulée de ces nombreux récits de voyages, Robie lui aussi deviendra un explorateur écrivain. Après avoir parcouru l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie et la Sicile, il visitera la Syrie, l’Egypte, l’Inde Britannique et l’île de Ceylan. Dès 1890, nombreux fragments et récits de ses voyages, font l’objet de communications à la Classe des Beaux-Arts de l’Académie et sont publiés dans les Bulletins de l’Académie.
Il rapporte de nombreuses  informations géographiques, climatiques, ethniques et culturelles. Botaniste à ses heures, il s’attache à décrire quelques insectes très recherchés. S’impliquant profondément dans ses voyages, il apprend les langues et dialectes locaux facilitant les échanges lors de ses rencontres.  Il relate certaines situations politiques difficiles et affiche des opinions particulièrement clairvoyantes  « je m’imagine voir notre pauvre vieille Europe en l’an deux mille, mourant étouffée dans la laine d’Australie, les produits de la Chine et du Japon, les cotons d’Amérique et la mélasse […](46).  La Belgique est si petite et la mer est si grande » (47).

Il  prépare ses voyages et se préoccupe d’obtenir des recommandations ou lettres de présentation, ainsi que le faisait Jean-Baptiste Huysmans, afin d’avoir la possibilité de visiter des lieux inaccessibles aux touristes d’alors. « […] je possédais un talisman qui devait nous ouvrir toutes les portes : c’était une lettre d’introduction auprès de toutes les autorités de l’Inde, que, sur la recommandation de lord G…, le vice-roi avait eu la gracieuseté de me faire remettre par l’entremise de son secrétaire. »(48). Grâce à ces « laisser passer »  Robie participera, notamment,  à une impressionnante chasse aux tigres largement décrite et illustrée.

Les premières publications concernent son expédition en Inde.  La relation de ce voyage, publié d’abord en articles « Variété »  dans l’Indépendance belge, est réimprimée en deux volumes et illustré d’après les esquisses qu’il rapporte de ces pays (1883-1886) sous le titre de  Fragment d’un voyage dans l’Inde et à Ceylan . Le premier volume De Bruxelles à Ceylan  est publié en 1883,  le second  De Calcutta à Bénarès, en 1885.
A cette occasion,  L’Illustration Européenne lui consacre un article : « M. Jean Robie, le peintre bien connu dont nous donnons le portrait à la première page, vient de publier à la maison Parent, à Bruxelles, sous le titre modeste  Fragment d’un voyage dans l’Inde et à Ceylan  un livre où nous est retracé le brillant panorama de cette contrée merveilleuse, avec ses mœurs pittoresques, parfois terribles, son histoire, ses richesses archéologiques, les splendeurs de son ciel, de sa nature, de sa luxuriante végétation. Monsieur Robie semble avoir écrit avec un pinceau, tellement son style est coloré, attachant, d’éclat, de vérité, de justesse […] » (49).
Dans le premier volume, Robie raconte son départ en « sleeping-car », de Bruxelles vers Marseille d’où il se fait conduire jusqu’à l’Anadyr, bateau à bord duquel il effectuera le voyage vers l’Egypte d’abord, vers la Syrie ensuite. Il y décrit, surtout, les mille et une petites choses de la vie quotidienne sur le bateau.
Arrivé dans le port d’Aden, pris d’une vive émotion, il réalise plusieurs petits tableaux, émerveillé du spectacle des montagnes empourprées par les premiers rayons de soleil déjà chaud. « Je me suis mis à faire de cet étonnant tableau une rapide pochade car il ne serait pas possible de travailler assidûment pendant de longues séances sous ce ciel brûlant » (50).
Robie continue son récit en de longues descriptions imagées et vivement colorées.
« Ainsi que toutes les villes d’Orient, Aden est un amas de ruelles étroites et sordides, où grouillent pêle-mêle les races, les types les plus hétérogènes, depuis les faces pâles et jaunes jusqu’aux visages d’un noir intense » (51).
Après l’escale à Aden, le bateau reprend sa route vers l’île de Ceylan. Arrivé à Colombo, comme un enfant, il s’émerveille, fasciné par un formidable feu d’artifice. « Un touriste ne pourrait imaginer une sensation plus vive. C’est un éblouissement d’abord auquel succède la surprise. Quelle admirable fête pour les yeux ! ....Toutes ces populations nues ou drapées majestueusement, hautes en couleurs, types superbes, aux mœurs étranges et immuables depuis les premiers temps de la civilisation. Tout l’ancien monde est là, intact, avec sa poésie, son originalité, barbare quelquefois, mais poignant toujours. » (52).

Ces écrits d’allure entraînante et imprégnés d’un sens vivace de l’étrange, sont un régal pour l’imagination du lecteur : les scènes de mœurs succèdent aux  descriptions de coutumes, les spectacles les plus complexes sont narrés avec une égale impression primesautière. Il  traversée le golfe de Manaar en direction du sud de l’Inde, puis passe  quinze jours dans la jungle d’où il ramène ses plus belles esquisses et tableaux, notamment  La chasse aux tigres  (n° 210 du catalogue).
Ces voyages comblent Robie qui ne cessent de clamer son bonheur : « Mes vœux d’artiste sont accomplis au-delà de toute espérance.
J’ai vu la nature vierge ; j’ai vécu dans la jungle quinze jours et quinze nuits ; ces jours surnagent comme un beau rêve au niveau de mes souvenirs » (.53).

Le second volume relate son épopée à travers l’Inde depuis Calcutta jusqu’à Bénarès.
Le premier chapitre, consacré à Bénarès, sera édité en 1892 dans le Bulletin de l’Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique (54) ; ainsi que d’autres passages notamment Une ville abandonnée (55),  Amristir et le Temple d’Or (56).
Les chapitres suivants traitent successivement de chaque nouvelle étape : Allahabad, Lucknow, Agra, Delhi, etc. Pour chacune de celles-ci, Robie retrace un bref aperçu historique du lieu tout en décrivant quantité de monuments.
Son  mode d’expression est franchement drôle. Ainsi, par exemple, lorsqu’il évoque, les splendeurs du Taj Mahal  : « Quant à le mettre en parallèle avec les chefs d’œuvres de l’art grec, tel que le Parthénon, ou avec les compositions architecturales de la Renaissance dans lesquelles la figure humaine entre pour une grande partie, that is not possible ! » (57).
Ponctués d’expressions en langues étrangères, les textes contiennent également des citations, des fragments de poésie ou encore des passages de quelque chanson de l’époque. Tout ceci colore ses écrits et leur apporte une note particulièrement gaie.
Robie aime les comparaisons amusantes et cocasses, trahissant ses origines avec un charme sans égal : « Tout de blanc habillé, je devais faire l’effet d’une goutte de lait au fond d’un encrier », écrit-il quand, installé pour peindre, il se voit entouré d’une centaine d’Indiens « aussi noirs que peu vêtus » (58). Enrichi d’onomatopées en tout genre, ne pourrait-on qualifier ce style de « robiesque » ?

Ces deux albums abondamment illustrés ont permis de collationner une part importante de ses œuvres, enrichissant considérablement un catalogue déjà fort complet.

D’autres souvenirs de voyages sont encore réunis dans  Notes d’un frileux, il s’agit d’un recueil de notes quelque peu hétéroclites.
La première édition, de 1888, ne comprend aucune illustration. (59).
En revanche, la seconde édition de 1890, sera revue, corrigée et augmentée de six chapitres. L’ouvrage comprend sept phototypies d’après les croquis  réalisés au cours des séjours en Egypte et en Syrie. Certains fragments ont également été choisis pour être insérés dans les Bulletins de l’Académie Royale, ainsi en est-il des Paysages des tropiques  où Robie s’extasie devant une nature luxuriante et entièrement nouvelle à ses yeux, à la limite de l’irréalisme.  « Le peintre qui pour la première fois se trouve en présence de ces merveilleux paysages, ne peut se défendre d’un mouvement de stupeur et d’admiration, tant ce monde étrange est en désaccord avec ses idées reçues, avec ses théories esthétiques » (60).

Dans ce recueil, Robie nous entraîne d’abord à Louxor puis à Jaffa où l’on peut suivre les funérailles colorées et bruyantes d’un « prêtre mahométan » (sic) dont il réalise une grande esquisse (n° 221 du catalogue). Sans transition, on se retrouve ensuite à Venise sous la neige.
Ensuite, il emmène le lecteur au Caire, puis dans le désert, avant de revenir dans son pays natal.
Peu de notes concernent l’Italie, pourtant il s’y rend souvent, en compagnie d’Emma Wascher, petite-fille de son grand ami Tasson-Snel. C’est sans doute ainsi que le musée des Offices à Florence possède un magnifique autoportrait de Robie, daté 1892. (cfr mise en page))
Seul le chapitre « Venise au mois de décembre » évoque l’Italie, celui-ci est inclus dans l’édition de 1902, première partie de : Notes et croquis I, transcription intégrale de Notes d’un frileux publié en 1890 comprenant quelques corrections éparses ainsi que l’ajout de  petits chapitres, réflexions sur la lumière et le paysage dans l’art.
Robie s’y présente comme voyageur chevronné sans doute, mais nonchalant surtout, aimant le soleil et la simplicité de la vie « il ne me déplaît point de vivre en plein air et de dormir à la belle étoile, dans un beau climat – effet d’une première éducation […] J’aime enfin les pays où l’on vivote simplement, sans soucis du lendemain, et j’adore le soleil » (61) allusion à son douloureux périple à Paris vers l’âge de 16 ans.
Tel un chroniqueur consciencieux, à l’affût du moindre détail, Robie dépeint encore quelques impressions et souvenirs de voyages. En de savoureuses  descriptions, hautes en couleurs, toujours ponctuées de réflexions naïves et drôles,  Notes et Croquis I représente un véritable répertoire d’expressions idiomatiques et de citations diverses. Ainsi, par exemple, ce souvenir de l’hiver à Jaffa : « Il y pleut quelquefois quand, par miracle, Allah daigne exaucer les prières des cultivateurs  arabes. Malheureusement le Dieu de leurs pères se trompe souvent de robinet, et leur envoie des giboulées et des sauterelles dont ils pourraient fort bien se passer. Alors, ce sont de nouvelles prières et des processions tapageuses avec chant et musique à porter le diable en terre » (62).  Les « plaff ! », « patatras ! » ajoutent une note particulièrement joyeuse à son style d’écriture.
Les chapitres se succèdent à la manière de véritables croquis, sans transition ni réelle continuité, avec juste comme  fil conducteur son voyage en Egypte. Authentiques fresques sociales, évocations bruyantes, parfumées et mouvementées. Descriptions détaillées d’us et coutumes des régions traversées, le tout entrecoupé de réflexions diverses,

Cette publication sera suivie de Notes et croquis II,  édité en 1906,  qui regroupe des textes disparates,  illustrée d’après ses peintures et esquisses.
On y trouve notamment  Le paradis d’Ostende, ainsi que quelques réflexions empreintes d’une étonnante sagesse ou philosophie de l’existence.
Dans le chapitre Impressions d’un noyé, il relate de façon très émouvante, son sauvetage de la noyade de deux jeunes. Excellent nageur, cela lui valut une médaille de Léopold Ier pour actes de bravoure et de courage.

 

Etudes sur l’art, la lumière et le paysage

Parmi les publications nettement plus sérieuses, Robie rédige quelques réflexions sur l’art, la lumière et le paysage. Ces études publiées dans les Bulletins de l’Académie royale sont insérées dans  Notes et Croquis, I.
L’art et la lumière  en constitue la première partie. Robie évoque, ici, les circonstances climatiques de nos régions et leurs incidences sur la clarté et la luminosité de l’atmosphère. Réflexions suivies d’une analyse des avantages et de l’importance de la lumière artificielle ainsi que de son application aux arts décoratifs.. Il clôt son étude par une constatation simple mais fondamentale : « En fait d’art comme en toutes choses : la lumière, c’est la vie » (63).

Le désert et le mirage, deuxième partie de cette étude, célèbre la magnificence du paysage dans le désert : « La teinte fauve du sol, et le bleu métallique du ciel, semé parfois de flocons nébuleux et immobiles, qui réfléchissent les clartés rutilantes du désert » (64).
Analyse suivie de  commentaires à propos des mirages dans le désert dont il rapporte des croquis à la limite du surréalisme.

Une dernière étude insérée dans  Notes et croquis, I,  publiée également dans les Bulletins de l’Académie royale, disserte De l’importance du paysage dans l’art moderne.
Robie commente l’évolution de la peinture au 19è siècle, et constate : « Affranchi désormais de la règle inflexible de classiques, l’art se réveille, se transforme ; une nouvelle floraison se prépare, les paysagistes, les marinistes, les animaliers attirent peu à peu l’attention des critiques d’art qui, faute de grandes machines historiques, se rabattent sur les tableaux de chevalet où se manifeste librement le génie primesautier de la nation » (65).
Il évoque, notamment, les fresques de Pompéi, en constatant que tous les genres y sont représentés hormis le paysage.
A la suite de quoi, Robie s’indigne devant ce qu’il appelle : « un vandalisme inconscient dans la plupart des villas italiennes » (66).
Défenseur de la nature, écologiste sincère, il dénonce la « défiguration » de la nature depuis Horace jusqu’à aujourd’hui.
Citant ensuite Jean-Jacques Rousseau et Byron, il s’exclame : « Ceux-ci, enfin, comprennent la beauté de la nature inculte…. » (67).
Revenant enfin à la peinture, il s’enthousiasme pour Corot, Gustave Courbet, Troyon, Diaz, Rousseau, Fourmois et Boulenger, considérations qui  terminent  son étude. Celles-ci,  parfois fantaisistes, révèlent toutefois le profond respect que Robie témoigne envers la nature et  ses interprètes.

Peintre de natures mortes, orientaliste, écrivain, Robie s’est donc affirmé par l’originalité et la diversité de ses talents.
Il existe une parfaite constance dans l’évolution générale de ses œuvres et une remarquable cohérence dans la diversité des thèmes qu’il a traité.
Soumis à la tradition hollandaise des 17è et 18è siècles pour s’assurer de solides bases, il s’en  détache progressivement au fur et à mesure qu’il acquiert du métier et de l’assurance.
Dans l’ensemble, son œuvre progresse vers une simplification des compositions, un éclaircissement de la palette et une touche picturale toujours plus ferme aussi bien que plus douce.

Trois grandes périodes ordonnent son œuvre 
De 1842 à 1870, Robie s’inscrit dans le courant de la tradition hollandaise, son œuvre est forte, elle échappe à l’effervescence artistique qui règne à cette époque.
De 1870 à 1880, il se dégage de la tradition et s’ouvre aux courants qui lui sont contemporains.
Dans l’ensemble, Les tableaux se caractérisent  par une composition simplifiée.
3.   De 1880 à 1910, l’artiste jouit de la pleine faculté de ses capacités créatrices, libéré de toute entrave.
Cette dernière période est marquée par l’apparition des marines et des paysages qui constituent  une production artistique importante et paisible.
Un artiste serein en cette fin de siècle où la règle esthétique et, souvent, la réalité sociale étaient de ne pas l’être : voici ce qui rend Robie  attachant, d’autant  que jamais le succès n’effacera  sa modestie et son humour.
A l’opposé de certains grands noms, tels Vincent Van Gogh,  Egon Schiele, Edvard Munch ou James Ensor, il n’a pas fait de l’art le lieu privilégié d’un quelconque mal-être ou l’expression d’un refus du monde.
Sans pour autant se montrer aveugle au bouleversement social et politique de son temps, c’est la  recherche de l’harmonie qui domine ses préoccupations. En s’inscrivant dans la continuité des traditions, tout en s’imprégnant des nouvelles idées, l’œuvre de Robie constitue en élément stable et solide au sein d’une société en effervescence. Sa création  assure  un puissant fil conducteur autour duquel tout peut se passer. Il est le  merveilleux exemple de l’artiste honnête et heureux de peindre, curieux des hommes et des choses.  Face aux  batailles sociales fracassantes et désordonnées, Robie répond par une analyse calme et positive au sein de laquelle il entreprend une construction personnelle parfaitement structurée. Quant aux crises existentielles, si elles s’expriment bruyamment, la réplique de Robie se passe dans une observation optimiste de l’humanité. Finalement, le vrai message qui se dégage de son œuvre tant littéraire que picturale, c’est l’amour des hommes et de la nature, dans une description juste et sincère.

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